ACTE III

Scène I

Parpalaid, seul, puis la Bonne

Le Docteur Parpalaid
Hum !... Il n'y a personne ?... C'est curieux... Il y a quelqu'un !
La Bonne
Monsieur ?
Le Docteur
Je voudrais bien voir la Direction.
La Bonne
Pourquoi, monsieur ?
Le Docteur
Pour qu'elle m'indique ma chambre.
La Bonne
Je ne sais pas, moi. Vous êtes un des malades annoncés ?
Le Docteur
Je ne suis pas un malade, mademoiselle, je suis un médecin.
La Bonne
Ah ! vous venez assister le docteur ? Le fait est qu'il en aurait bien besoin.
Le Docteur
Mais,  vous ne me reconnaissez pas ? Le docteur Parpalaid... Il y a trois mois encore, j'étais médecin de Saint-Maurice...
La Bonne
 je ne savais pas qu'il y avait eu un médecin ici avant le docteur Knock.  Vous m'excuserez, monsieur. Mon amie va surement revenir. Il faut que je termine la stérilisation de mes taies d'oreiller.
Le Docteur
Cet hôtel a pris une physionomie singulière.

Scène II

Madame Rémy, Scipion

Madame Rémy
Mon amie, la voiture est arrivée ?
Scipion
Oui, Mon amie.
Madame Rémy
On disait que la route était coupée par la neige.
Scipion
Peuh ! Quinze minutes de retard.
Madame Rémy
A qui sont ces bagages ?
Scipion
A une dame de Livron, qui vient consulter.
Madame Rémy
Mais nous ne l'attendions que pour ce soir.
Scipion
 La dame de ce soir vient de Saint-Marcellin.
Madame Rémy
Et cette valise ?
Scipion
A Ravachol.
Madame Rémy
Comment ! M. Parpalaid est ici ? Qu'est-ce qu'il vient faire ? Pas reprendre sa place, bien sûr ?
Scipion
Consulter, probable.
Madame Rémy
Mais il n'y a que le 9 et le 14 de disponibles. Je garde le 9 pour la dame de Saint-Marcellin. Je mets la dame de Livron au 14. Pourquoi n'avez-vous pas dit à Ravachol qu'il ne restait rien ?
Scipion
Il restait le 14. Je n'avais pas d'instruction pour choisir entre la dame de Livron et Ravachol.
Madame Rémy
Je suis très ennuyée.
Scipion
Vous tâcherez de vous débrouiller. Moi, il faut que je m'occupe de mes malades.
Madame Rémy
Pas du tout, Mon amie. Attendez M. Parpalaid et expliquez-lui qu'il n'y a plus de chambres. Je ne puis pas lui dire ça moi-même.
Scipion
Désolé, mon ami.  Le docteur Knock sera là dans quelques instants.
Madame Rémy
Vous ne montez même pas les bagages de cette dame ?
Scipion
Je n'ai pas le temps

Scène III

Parpalaid, puis Madame Rémy

Madame Rémy
 Bonjour, monsieur Parpalaid. Vous ne venez pas pour loger, au moins ?
Le Docteur
Mais si... Comment allez-vous, madame Rémy ?
Madame Rémy
Nous voilà bien ! Je n'ai plus de chambres.
Le Docteur
C'est donc jour de foire, aujourd'hui ?
Madame Rémy
Non, jour ordinaire.
Le Docteur
Et toutes vos chambres sont occupées, un jour ordinaire ? Qu'est-ce que tout ce monde-là ?
Madame Rémy
Des malades.
Le Docteur
Des malades ?
Madame Rémy
Oui, des gens qui suivent un traitement.
Le Docteur
Et pourquoi logent-ils chez vous ?
Madame Rémy
Parce qu'il n'y a pas d'autres hôtel à Saint-Maurice. En attendant notre nouvelle installation. Ils reçoivent tous les soins sur place. Et toutes les règles de l'hygiène moderne sont observées.
Le Docteur
Mais d'où sortent-ils ?
Madame Rémy
Les malades ? Depuis quelque temps, il en vient d'un peu partout. Au début c'étaient des gens de passage.
Le Docteur
Je ne comprends pas.
Madame Rémy
Oui, les voyageurs qui se trouvaient à Saint-Maurice pour leurs affaires. Ils entendaient parler du docteur Knock, dans le pays, et à tout hasard ils allaient consulter. Si leur bonne chance ne les avait pas conduits à Saint-Maurice, plus d'un serait mort à l'heure qu'il est.
Le Docteur
Et pourquoi seraient-ils morts ?
Madame Rémy
Comme ils ne se doutaient de rien, ils auraient continué à boire, à manger, à faire cent autres imprudences.
Le Docteur
Et tous ces gens-là sont restés ici ?
Madame Rémy
Oui, en revenant de chez le docteur Knock, ils se dépêchaient de se mettre au lit, et ils commençaient à suivre le traitement. Aujourd'hui, ce n'est déjà plus pareil. Les personnes que nous recevons ont entrepris le voyage exprès. L'ennui, c'est que nous manquons de place. Nous allons faire construire.
Le Docteur
C'est extraordinaire.
Madame Rémy
En effet, cela doit vous sembler extraordinaire à vous. S'il fallait que vous meniez la vie du docteur Knock, je crois que vous crieriez grâce.
Le Docteur
Hé ! quelle vie mène-t-il donc ?
Madame Rémy
Une vie de forçat. Dès qu'il est levé, c'est pour courir à ses visites. A dix heures, il passe à l'hôtel. Vous le verrez dans cinq minutes. Puis les consultations chez lui. Je sais bien qu'il a son automobile, une belle voiture neuve qu'il conduit à fond de train. Mais je suis sûre qu'il lui arrive plus d'une fois de déjeuner d'un sandwich.
Le Docteur
C'est exactement mon cas à Lyon.
Madame Rémy
Ah ?... Ici, pourtant, vous aviez su vous faire une petite vie tranquille. Vous vous rappelez vos parties de billard ?
Le Docteur
Il faut croire que de mon temps les gens se portaient mieux.
Madame Rémy
Ne dites pas cela, monsieur Parpalaid. Les gens n'avaient pas l'idée de se soigner, c'est tout différent.  Les choses ont changé, Dieu merci.
Le Docteur
Enfin, si les gens en ont assez d'être bien portants, et s'ils veulent s'offrir le luxe d'être malade, ils auraient tort de se gêner. C'est d'ailleurs tout bénéfice pour le médecin.
Madame Rémy
En tout cas, personne ne vous laissera dire que le docteur Knock est intéressé. C'est lui qui a créé les consultations gratuites, que nous n'avions jamais connues ici.  Et il ne faut pas insinuer non plus qu'il découvre des maladies aux gens qui n'en ont pas. Moi, la première, je me suis peut-être fait examiner dix fois  La même chose pour M. Bernard, Voila notre ami Mousquet  Je vais essayer de vous trouver un coin.

Scène IV

Parpalaid, Mousquet
Mousquet
Le docteur n'est pas encore là ? Ah ? le docteur Parpalaid ! Un revenant, ma foi. Il y a si longtemps que vous nous avez quittés.
Le Docteur
Si longtemps ? Mais non, trois mois.
Mousquet
C'est vrai ! Trois mois ! Cela me semble prodigieux.  Et vous êtes content à Lyon ?
Le Docteur
Très content.
Mousquet
Ah ! tant mieux, tant mieux. Vous aviez peut-être là-bas une clientèle toute faite ?
Le Docteur
Heu... Je l'ai déjà accrue d'un tiers... La santé de Mme Mousquet est bonne ?
Mousquet
Bien meilleure ?
Le Docteur
Aurait-elle été souffrante ?
Mousquet
Vous ne vous le rappelez pas, ces migraines dont elle se plaignaient souvent ? D'ailleurs vous n'y aviez pas attaché d'importance. Le Docteur Knock a diagnostiqué aussitôt une insuffisance des sécrétions ovariennes, et prescrit un traitement opothérapique qui a fait merveille.
Le Docteur
Ah ! Elle ne souffre plus ?
Mousquet
De ses anciennes migraines, plus du tout. Les lourdeurs de tête qu'il lui arrive encore d'éprouver proviennent uniquement du surmenage
Mousquet
Ah ! ce n'est plus la petite existence calme d'autrefois.
Le Docteur
Bref, Tout va bien.
Mousquet
Oh ! il est certain que j'ai quintuplé mon chiffre d'affaire, et je suis loin de le déplorer. Mais il y a d'autres satisfactions que celle-là.
 

Scène V

Les mêmes, Knock

Knock
Messieurs. Bonjour, docteur Parpalaid. Je pensais à vous. Vous avez fait bon voyage ?
Le Docteur
Excellent.
Knock
Vous êtes venu avec votre auto ?
Le Docteur
Non. Par le train.
Knock
Ah bon ! Il s'agit de l'échéance, n'est-ce pas ?
Le Docteur
C'est à dire que je profiterai de l'occasion...

Mousquet

Je vous laisse, messieurs.

Scène VI

Les mêmes moins Mousquet

Le docteur
Vous ne m'accusez plus maintenant de vous avoir "roulé" ?
Knock
L'intention y était bien, mon cher confrère..
Le Docteur
Vous ne nierez pas que je vous ai cédé le poste, et le poste valait quelque chose.
Knock
Oh ! vous auriez pu rester. Nous nous serions à peine gênés l'un l'autre. M. Mousquet vous a parlé de nos premiers résultats ?
Le Docteur
On m'en a parlé.
Knock
A titre tout à fait confidentiel, je puis vous communiquer quelques-uns de mes graphiques. Vous les rattacherez sans peine à notre conversation d'il y a trois mois. Les consultations d'abord.  Mi-octobre, 37. Fin octobre : 90. Fin novembre : 128. Fin décembre : je n'ai pas encore fait le relevé, mais nous dépassons 150. D'ailleurs, faute de temps, je dois désormais sacrifier la courbe des consultations à celle des traitements. Par elle-même la consultation ne m'intéresse qu'à demi : c'est un art un peu rudimentaire, une sorte de pêche au filet. Mais le traitement, c'est de la pisciculture.

Knock
Passons à la courbe des traitements. Début d'octobre, c'est la situation que vous me laissiez ; malades en traitement régulier à domicile : 0, n'est-ce pas ?  Fin octobre : 32. Fin novembre : 121. Fin décembre... notre chiffre se tiendra entre 245 et 250.
Le Docteur
J'ai l'impression que vous abusez de ma crédulité.
Knock
Moi, je ne trouve pas cela énorme. N'oubliez pas que le canton comprend 2853 foyers, et là-dessus 1502 revenus réels qui dépassent 12000 francs.
Le Docteur
Quelle est cette histoire de revenus ?
Knock
 J'ai quatre échelons de traitements. Le plus modeste, pour les revenus de douze à vingt mille, ne comporte qu'une visite par semaine, et cinquante francs environ de frais pharmaceutiques par mois. Au sommet, le traitement de luxe, pour revenus supérieurs à cinquante mille francs, entraîne un minimum de quatre visites par semaine, et de trois cents francs par mois de frais divers : rayons X, radium, massages électriques, analyses, médication courante, etc...
Le Docteur
Mais comment connaissez-vous les revenus de vos clients ?
Knock
 Alors que je dénombre 1502 revenus supérieurs à 12000 francs, le contrôleur de l'impôt en compte 17. Le plus gros revenu de sa liste est de 20000. Le plus gros de la mienne, de 120000. Nous ne concordons jamais. Il faut réfléchir que lui travaille pour l'État.
Le Docteur
Vos informations à vous, d'où viennent-elles ?
Knock
 C'est un très gros travail. Presque tout mon mois d'octobre y a passé. Et je revise constamment. Regardez ceci : c'est joli, n'est-ce pas ?
Le Docteur
On dirait une carte du canton. Mais que signifient tous ces points rouges ?
Knock
C'est la carte de la pénétration médicale. Chaque point rouge indique l'emplacement d'un malade régulier. Il y a un mois vous auriez vu ici une énorme tache grise : .
Le Docteur
la tache de Chabrières.
Knock
Oui, du nom du hameau qui en formait le centre. Aujourd'hui, la tache n'a pas disparu, mais elle est morcelée. N'est-ce pas ? On la remarque à peine.
Le Docteur
Même si je voulais vous cacher mon ahurissement, mon cher confrère, je n'y parviendrais pas. Je ne puis guère douter de vos résultats  Mais me permettez-vous de me poser une question tout haut ?
Knock
Je vous en prie.
Le Docteur
Si je possédais votre méthode... si je l'avais bien en main comme vous... s'il ne me restait qu'à la pratiquer...
Knock
Oui.
Le Docteur
Est-ce que je n'éprouverais pas un scrupule ?  Répondez-moi.
Knock
Mais c'est à vous de répondre, il me semble.
Le Docteur
Remarquez que je ne tranche rien. Je soulève un point excessivement délicat.
Knock
Je voudrais vous comprendre mieux.
Le Docteur
Vous allez dire que je donne dans le rigorisme, que je coupe les cheveux en quatre. Mais est-ce que, dans votre méthode, l'intérêt du malade n'est pas un peu subordonné à l'intérêt du médecin ?
Knock
Docteur Parpalaid, vous oubliez qu'il y a un intérêt supérieur à ces deux-là.
Le Docteur
Lequel ?
Knock
Celui de la médecine. C'est le seul dont je me préoccupe.
Le Docteur
Oui, oui, oui.
Knock
Vous me donnez un canton peuplé de quelques milliers d'individus neutres, indéterminés. Mon rôle, c'est de les déterminer, de les amener à l'existence médicale. Je les mets au lit, et je regarde ce qui va pouvoir en sortir Rien ne m'agace comme cet être ni chair ni poisson que vous appelez un homme bien portant.
Le Docteur
Vous ne pouvez cependant pas mettre tout un canton au lit !
Knock
Cela se discuterait.  La vérité, c'est que nous manquons tous d'audace, que personne, pas même moi, n'osera aller jusqu'au bout et mettre toute une population au lit, pour voir, pour voir !  Ce que je n'aime pas, c'est que la santé prenne des airs de provocation, nous laissons à un certain nombre de gens leur masque de prospérité. Mais s'ils viennent ensuite se pavaner devant nous et nous faire la nique, je me fâche.
Le Docteur
Vous ne pensez qu'à la médecine... Ne craignez-vous pas qu'en généralisant l'application de vos méthodes, on n'amène un certain ralentissement des autres activités sociales
Knock
Ça ne me regarde pas. Moi, je fais de la médecine.
Le Docteur
Il est vrai que lorsqu'il construit sa ligne de chemin de fer, l'ingénieur ne se demande pas ce qu'en pense le médecin de campagne.
Knock
 docteur Parpalaid. Vous connaissez la vue qu'on a de cette fenêtre.  C'est un paysage rude, Aujourd'hui, je vous le donne tout imprégné de médecine, animé et parcouru par le feu souterrain de notre art. Dans deux cent cinquante de ces maisons il y a deux cent cinquante chambres où quelqu'un confesse la médecine, deux cent cinquante lits où un corps étendu témoigne que la vie a un sens, et grâce à moi un sens médical. La nuit, c'est encore plus beau, car il y a les lumières. Et presque toutes les lumières sont à moi. Les non-malades dorment dans les ténèbres. Ils sont supprimés. La nuit me débarrasse de tout ce qui reste en marge de la medecine. Elle me libère de l'agacement et du défi. Le canton fait place à une sorte de firmament dont je suis le créateur continuel. Et je ne vous parle pas des cloches. Songez que, pour tout ce monde, elles sont la voix de mes ordonnances. Songez que, dans quelques instants, ils va sonner dix heures, que pour tous mes malades, dix heures, c'est la deuxième prise de température rectale, et que, dans quelques instants, deux cent cinquante thermomètres vont pénétrer à la fois...
Le Docteur
Mon cher confrère, j'ai quelque chose à vous proposer.
Knock
Quoi ?
Le Docteur
Un homme comme vous n'est pas à sa place dans un chef-lieu de canton. Il vous faut une grande ville.
Knock
Je l'aurai, tôt ou tard.
Le Docteur
Attention ! Vous êtes juste à l'apogée de vos forces. Dans quelques années, elles déclineront déjà. Croyez-en mon expérience.
Knock
Alors ?
Le Docteur
Alors, vous ne devriez pas attendre.
Knock
Vous avez une situation à m'indiquer ?
Le Docteur
La mienne. Je vous la donne. Je ne puis pas mieux vous prouver mon admiration.
Knock
Oui... Et vous, qu'est-ce que vous deviendrez ?
Le Docteur
Moi ? Je me contenterais de nouveau de Saint-Maurice.
Knock
Oui.
Le Docteur
Et je vais plus loin. Les quelques milliers de francs que vous me devez, je vous en fais cadeau.
Knock
Oui... Au fond, vous n'êtes pas su bête qu'on veut bien le dire.
Le Docteur
Comment cela ?
Knock
Vous produisez peu, mais vous savez acheter et vendre. Ce sont les qualités du commerçant.
Le Docteur
Je vous assure que...
Knock
 Vous devinez que je ne tiens plus à l'argent dès l'instant que j'en gagne beaucoup. je n'ai pas l'intention de vieillir ici. Mais de là à me jeter sur la première occasion venue !

Scène VII

tous

Knock
Cher ami. Savez-vous ce que me propose le docteur Parpalaid ?... Un échange de postes. J'irais le remplacer à Lyon. Il reviendrait ici.
Mousquet
C'est une plaisanterie. (echo)
Knock
Pas du tout. Une offre très sérieuse.
Mousquet
Mais vous refusez ?
Le Docteur
Pourquoi le docteur Knock refuserait-il ?
Mousquet
Vous pourriez aussi/ proposer au docteur/ un troc d'automobiles.
Le Docteur
Je vous prie de croire que je possède à Lyon une clientèle de premier ordre. J'ai succédé au docteur Merlu, qui avait une grosse réputation.
Mousquet
Oui, mas il y a trois mois de ça, mon cher docteur, la population de Saint-Maurice n'acceptera jamais.
Le Docteur
Qu'a-t-elle à voir là-dedans ? Nous ne lui demanderons pas son avis.
Mousquet
Elle vous le donnera.  Et elle pourrait vous remettre sur la route de Lyon. ( echo)

Scène VIII

Les mêmes, madame Rémy
Mousquet
Madame Rémy
Moi je vous dis que ça ne se fera pas. (A Knock.)  monsieur Parpalaid,  j'ai le regret de vous dire que je ne dispose plus d'une seule chambre, et  vous serez dans l'obligation de coucher dehors.

Le Docteur.
 L'attitude de ces gens envers un homme qui leur a consacré vingt-cinq ans de sa vie est un scandale. il n'y a plus de place à Saint-Maurice que pour le charlatanisme. Docteur Knock, nous réglerons nos affaires le plus tôt possible. Je pars ce soir.
Knock
Vous ne ferez pas cet affront, mon cher confrère.  Ses paroles ont trahi sa pensée. Voyez, elle a retrouvé sa bienveillance naturelle, et ses yeux n'expriment plus que de la gratitude  pour vos vingt-cinq années d'apostolat silencieux.
Madame Rémy
 M. Parpalaid a toujours été un très brave homme. Et il tenait sa place aussi bien qu'un autre tant que nous pouvions nous passer d'un vrai médecin.
Le Docteur
Un vrai médecin ! Quelles choses il faut s'entendre dire. Attendez la prochaine, et vous verrez si le docteur Knock s'en tire mieux que moi.
Madame Rémy
Je puis vous dire que dans une population où tous les gens s sont déjà au lit, on l'attend de pied ferme, votre épidémie mondiale.
Mousquet
Je ne vous conseille pas de soulever ici des controverses de cet ordre. La communauté vous tiendra tête.
Knock
Ne nous égarons pas dans des querelles d'écoles. Notre directrice et le docteur Parpalaid peuvent différer de conceptions, et garder néanmoins les rapports les plus courtois. Vous avez bien une chambre pour le docteur ?
Madame Rémy
Mais... M. Parpalaid n'est pas venu consulter ?
Knock
Serait-il venu consulter que la discrétion professionnelle m'empêcherait peut-être de la déclarer publiquement.
Le Docteur
Qu'allez-vous chercher là ? Je pars ce soir et voilà tout.
Knock
Mon cher confrère, je vous parle très sérieusement. Un repos de vingt-quatre heures vous est indispensable. Je déconseille un départ aujourd'hui, et au besoin je m'y oppose.
Madame Rémy
Bien, docteur. M. Parpalaid aura un lit, vous pouvez être tranquille.
Knock
Nous recauserons de cela tout à l'heure.
 

Scène IX

Knock, Parpalaid
Le Docteur
Dites donc, c'est une plaisanterie ?  C'est admirable, comme vous gardez votre sérieux.  Tantôt,Vous avez eu un air pour dire ça... oui, un air et un oeil... comme si vous m'aviez scruté jusqu'au fond des organes... Ah ! c'est très fort.
Knock
 Dès que je suis en présence de quelqu'un, je ne puis pas empêcher qu'un diagnostic s'ébauche en moi...  A ce point que, depuis quelque temps, j'évite de me regarder dans la glace.
Le Docteur
Mais... un diagnostic... que voulez-vous dire ? un diagnostic de fantaisie, ou bien ?...
Knock
Comment, de fantaisie ? Je vous dis que malgré moi quand je rencontre un visage, mon regard se jette, sans même que j'y pense, sur un tas de petits signes imperceptibles, et mon appareil à construire des diagnostics fonctionne tout seul. Il faudra que je me surveille, car cela devient idiot.
Le Docteur
 Je ne suis pas sans avoir observé sur moi-même telle ou telle chose, depuis quelque temps...
Knock
Mon cher confrère, laissons cela pour l'instant.  Dix heures sonnent. Il faut que je fasse ma tournée. Pour ce qui est de votre état de santé, et des décisions qu'il comporte , c'est dans mon cabinet, que nous en parlerons cet après-midi
FIN
retour